« À la COP22, les États ont été dans l’inaction »

Alors que la COP22 s’achève, Anne-Laure Sablé, chargée de plaidoyer Souveraineté alimentaire et Climat pour l’ONG CCFD – Terre Solidaire, dresse le bilan des négociations sur le volet agricole.

 

Ndeye SAMB (France)

 

Quel bilan tirez-vous de la COP22 qui vient juste de s’achever ?

La COP22 était censée être « La COP de l’action ». En réalité, les États ont été dans l’inaction. C’est particulièrement vrai dans le domaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Il faut savoir que l’agriculture émet de grandes quantités de gaz à effet de serre (25% des émissions globales). Elle est aussi victime des conséquences liées au changement climatique, notamment les petits paysans. À la COP22, les États devaient s’accorder sur des programmes, trouver des solutions pour agir au niveau national. Mais les négociations ont été arrêtées dès la première semaine.

 

Cet échec est- il dû au désintérêt des gouvernements pour l’agriculture ?

Tous les États sont venus avec une feuille de route, afin d’expliquer quelles sont les politiques publiques à développer. 94% d’entre elles traitaient de l’agriculture. Assurément la question agricole est dans toutes les politiques publiques qui traitent du changement climatique.

 

Alors, quelles sont les raisons de l’échec ?

Les États sont divisés, ils sont incapables de se mettre d’accord dans le cadre de négociations internationales. Les pays du Nord, dont les États-Unis, le Canada, la Nouvelle Zélande, l’Australie et l’Union européenne, disent qu’il faut travailler en priorité sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les pays du Sud, réunis au sein du G77, disent eux qu’il faut travailler sur l’adaptation de l’agriculture face aux changements climatiques. Cette division n’a pas été dépassée pendant la COP22. Pour que l’agriculture soit plus résistante face aux évènements climatiques, il faut non seulement renforcer les capacités du monde agricole, mais il faut aussi développer de nouveaux modèles agricoles, ce qui demande des financements. Les États se sont engagés à mobiliser d’ici 2020 cent milliards de dollars par an pour aider les pays les plus vulnérables. Or, à ce jour, sur ces cent milliards, seuls 20% sont dédiés à l’adaptation. C’est très insuffisant pour aider les populations.

 

Concrètement, que proposent les États ?

Ils proposent un ensemble de mesures volontaires, dans lesquelles se mélangent les « bonnes solutions », comme l’agroécologie que le CCFD – Terre Solidaire défend depuis longtemps, et « fausses solutions ». Par exemple, ils promeuvent l’agriculture de conservation qui est basée sur la monoculture intensive et favorable aux OGM. Les terres sont arrosées d’intrants chimiques et de pesticides, comme le Roundup de Monsanto, ce qui évite de retourner les sols et donc de dégager des gaz à effet de serre. Mais c’est une fausse solution, notamment parce qu’elle ne protège pas les petits paysans qui aujourd’hui produisent 70% de l’alimentation mondiale. Les États doivent s’adresser à eux, et non pas défendre les intérêts des industries agroalimentaires.

 

Quelles solutions proposez-vous ?

Engager une réflexion de fond sur les modèles agricoles, réduire les émissions du secteur agricole liées à l’importation des intrants chimiques, promouvoir l’agroécologie comme le meilleur moyen pour s’adapter aux changements climatiques tout en participant à l’effort d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui le système agroalimentaire est mondialisé. Il faut relocaliser les productions. En tant qu’ONG, il est de notre devoir d’alerter l’opinion publique et de mobiliser les citoyens sur les fausses solutions qui peuvent émerger d’espaces comme ceux des COP.