D’une rive à l’autre, cultures engagées

 

Le quartier populaire des Dervallières, à Nantes (Loire-Atlantique).

Le quartier populaire des Dervallières, à Nantes (Loire-Atlantique).

Depuis 2012, le projet Réciprocité, coopération artistique entre les villes de Kairouan (Tunisie) et Nantes (France), tisse sa toile des deux côtés de la Méditerranée, favorisant l’échange entre deux quartiers populaires. Reportage dans le quartier des Dervallières, à Nantes.

Par Mohamed El-Amine Mahieddine

« J’étais présente pendant la révolution. Il était donc très important pour moi d’accompagner et de soutenir la jeune démocratie tunisienne », raconte Hedia Bauchet, conseillère régionale des Pays de la Loire, chargée des relations avec la Tunisie, son pays d’origine. Très marquée par les évènements, l’élue régionale tient à soutenir les projets d’échanges socioculturels, à l’image de « Réciprocité, coopération artistique entre Kairouan et Nantes », développé entre des quartiers populaires des deux villes. Porté par un collectif d’associations installées dans le quartier des Dervallières (Nantes), en partenariat avec l’association tunisienne Kairouan les lumières, ce projet a pour objectif d’accompagner l’émergence et le développement d’une maison des habitants à Dar Lamen, un quartier populaire de Kairouan. Les plasticiennes de la Luna, les rappeurs de RapAcité, le média culturel Fragil et la maison de quartier des Dervallières ont donc décidé de mettre en commun leurs compétences pour efficacement le projet.

« Faire exister la création artistique des femmes kairouanaises et par ce biais enclencher une dynamique de rencontres et d’échanges sont au cœur de nos actions », tiennent à rappeler Marie, Anne et Laure, toutes trois membres de La Luna. Active depuis une vingtaine d’années dans le quartier des Dervallières, l’association réunit des artistes plasticiens venus d’horizons divers. « L’objectif est de donner la possibilité aux populations de créer, de développer une idée, mais surtout de susciter le désir de travailler en commun, que les personnes viennent du Maghreb, d’Afrique ou d’ailleurs », insiste Marie. En mettant en lumière – via des reportages photos et vidéos – les savoir-faire et les créations des femmes de Kairouan, le projet leur a permis de porter un autre regard sur elles-mêmes.

Le projet Réciprocité a pour objectif d’accompagner l’émergence et le développement d’une maison des habitants à Dar Lamen.

Le projet Réciprocité a pour objectif d’accompagner l’émergence et le développement d’une maison des habitants à Dar Lamen.

« La Région nous a permis d’inscrire dans la durée notre action à Kairouan, où nous sommes entrés en contact avec Kairouan les Lumières, une association qui mène, comme nous, des actions auprès des jeunes de quartiers populaires », raconte Logan, coordinateur de RapAcité, une association créée en 1993 dans le quartier des Dervallières et qui accompagne les jeunes artistes hip hop de l’agglomération nantaise, tout au long de leur création. « Le rap n’est qu’un support pédagogique pour favoriser le travail d’écriture », poursuit-il. Entamés en pleine période de transition pour la société tunisienne, les acteurs des deux rives de la Méditerranée espèrent que ces échanges vont perdurer. « Au-delà de la création artistique et musicale qui n’est qu’un support de travail, on a essayé de comprendre ce que les gens vivaient là-bas et de bâtir une action solide et pérenne », affirme Logan. Un souhait que partage complètement Hedia Bauchet.