« La femme tunisienne va toujours lutter »

 

Amina Soussi

Amina Soussi

Née après la révolution, La voie de la femme est une association tunisienne qui défend les droits de la femme, en particulier de la femme rurale. Entretien avec sa directrice, Amina Soussi, sur la situation de la femme tunisienne avant et après la révolution.

Propos recueillis par Malek Metoui

Pouvez-vous présenter votre association ?

Amina Soussi : L’association La voie de la femme a été fondée par des femmes tunisiennes, à Mahdia quelques mois après la révolution. Comme toutes les femmes, nous étions enthousiastes face au changement qui apportait démocratie et liberté. Nous en avions marre de la répression de notre liberté d’expression. Nous sommes sorties avec la masse pour nous opposer à la dictature. A l’époque nous ne pensions pas que nos acquis allaient être mis en cause, nous voulions simplement défendre notre pays.

Quels sont les objectifs de votre association ?

A.S. : Nous travaillons, depuis la révolution, à protéger les droits et les acquis de la femme et à éliminer toutes formes de discrimination à l’égard des femmes et notamment de la femme rurale. Lors des élections, elle a été moins présente. Notre devoir consiste à encadrer et informer la femme et la fille rurale et à leur garantir l’accès aux différents services : éducation, formation… Nous créons aussi de petits projets dans les régions rurales pour que les femmes entrent dans le marché du travail et assurent leur indépendance financière, afin de mieux s’intégrer dans la société. Nous essayions aussi, à travers notre association, d’aider les enfants des zones rurales qui sont dans le besoin et à qui il manque l’essentiel pour grandir et se construire un avenir. Depuis 2011, nous avons restauré quelques écoles, comme celle de Awlad Chrifa qui, depuis trente ans, n’avaient pas de sanitaires. Nous essayions également de soutenir les filles qui quittent l’école trop tôt et qui vont travailler en ville à cause de leurs conditions de vie difficiles. Nous les formons professionnellement et nous les aidons à poursuivre leurs études.

D’après vous, quelle place les femmes tenaient-elles avant le 14 janvier 2011 ?

A.S. : Avant le 14 janvier, la femme tunisienne bénéficiait déjà de nombreux droits comme le droit de vote, le droit au travail, etc. Elle était autonome puisqu’elle avait un salaire. La femme tunisienne avait également le droit à l’éducation. Il y a d’ailleurs plus de filles que de garçons dans les universités. Elles représentent 60% des étudiants. Mais les femmes n’étaient pas complètement libres : la femme au foyer vit toujours sans protection sociale, la fille rurale quitte toujours l’école trop tôt… Et comme pendant la dictature il n’y avait pas de droit d’expression, la femme n’avait pas le droit de s’exprimer librement et de dénoncer ses conditions de vie.

Quelles évolutions avez-vous constaté pendant et après la révolution ?

A.S. : Après la révolution, on ne peut pas vraiment dire qu’il y a eu des évolutions. La liberté d’expression est le seul acquis de la révolution. Car maintenant nous avons peur de subir des discriminations et que nos droits soient violés. Le regard d’infériorité est encore présent. Or, il n’y aura pas d’égalité entre l’homme et la femme, si l’homme voit la femme comme sa seconde, et pas comme sa partenaire. Pour cela, l’homme ne doit plus se concentrer sur le corps de la femme mais sur son esprit. Nous allons essayer d’éduquer la jeune génération au principe d’égalité entre hommes et femmes. Heureusement, la présence massive de la femme dans la société civile permet déjà de protéger nos droits. La femme tunisienne va toujours lutter contre toutes les formes de discrimination.

Comment comptez-vous faire reconnaître la place de la femme ?

A.S. : La femme occupe déjà une place importante dans la sphère publique. A travers mon association, je veux encourager les femmes à travailler car, à travers le travail, elles peuvent jouir d’une indépendance financière et subvenir à leurs besoins. Le travail permet à la femme de s’ouvrir sur le monde extérieur et de se libérer de ses contraintes. Il est primordial pour valoriser la place de la femme. Et les apports de la femme dans les différents domaines du développement lui permettent de faire reconnaître sa place.