LE PROJET

« Reporters Transméditerranée » est un projet de journalisme citoyen lancé en 2013 par Altermondes et Reporter Citoyen. Sa philosophie : Permettre la rencontre entre jeunes de quartiers populaires d’Île-de-France et du Maghreb pour contribuer à de nouvelles passerelles citoyennes et démocratiques, grâce à la réalisation de reportages. La jeunesse est témoin de son époque, actrice de changement et d’ouverture grâce à son expression.

Genèse d’un projet méditerranéen

Reporters Transméditerranée est un projet né en 2013, au lendemain des « printemps arabes », d’une volonté de soutenir les processus démocratiques, là-bas comme ici. Que ce soit en Tunisie, en Egypte, au Maroc, en Libye, en Syrie, au Bahreïn… les mobilisations citoyennes attestaient alors de la soif de justice et de libertés des populations du Bassin méditerranéen. Les sociétés maghrébines se caractérisent par une population très jeune. C’est dans ce terreau que doit s’enraciner la démocratie pour être véritablement durable. Or, deux aspects sont centraux pour favoriser la participation de la jeunesse au renforcement du processus démocratique : la liberté d’expression et l’existence de médias libres et indépendants ; l’ouverture au monde de cette jeunesse.

En Europe, la démocratie, plus ancienne, est un processus en permanente construction, encore imparfait, et qui n’est pas non plus à l’abri de reculs. Dans les quartiers populaires, la défiance face aux institutions, le contexte sécuritaire couplé à l’émergence du débat sur l’identité nationale produisent un décalage entre les citoyens et les média qui se traduit par une crispation du débat public, renforcée par l’émergence de nouvelles formes d’expression via les réseaux sociaux. C’est en partant de ce double constat, qu’est né Reporters Transméditerranée.

Quatre objectifs

A travers les activités qu’il déploie, Reporters Transméditerranée poursuit quatre objectifs :

  1. Permettre la rencontre entre les médias citoyens et les jeunesses des quatre pays afin de contribuer à la construction de nouvelles passerelles entre eux, ainsi qu’à l’ouverture des jeunesses sur le monde par la connaissance et la reconnaissance de l’autre dans toutes ses dimensions.
  2. Favoriser l’épanouissement de ces jeunes en leur permettant de renforcer leur capacité et leurs savoir-faire, et s’affirmer comme acteurs du changement de leur propre société à travers l’apprentissage du journalisme citoyen.
  3. Proposer à travers les reportages produits par ces jeunes, un autre regard sur la démocratie, la liberté d’expression et les enjeux environnementaux dans les différents pays concernés par le projet.
  4. Lutter contre les préjugés, les discriminations et toute forme d’extrémisme. Les jeunes sont vecteurs d’une vision du monde à court et à long terme.
2013-2014 – Une première étape en Tunisie

De 2013 à 2014, Reporters Transméditerranée a eu comme fil rouge la question de la démocratie en Tunisie comme en France. Une trentaine de jeunes français et tunisiens, garçons et filles, de 18 à 25 ans, ont été formés au journalisme citoyen et ont bénéficié de sessions d’échange et de formation sur les thèmes de la démocratie, de l’interculturalité, des révolutions arabes et du mouvement altermondialiste.

Le projet s’est articulé autour de la couverture de trois événements internationaux. Quinze tunisiens et huit jeunes d’Ile-de-France se sont ainsi rendus à la 10e édition du Forum social mondial (FSM), qui se tenait du 26 au 30 mars 2013 à Tunis. Encadrés par des journalistes de Nawaat, d’Altermondes, de Reporter citoyen et de l’Université populaire pour une information citoyenne (UPIC), ils ont réalisé un journal quotidien, en ligne, de l’événement. Du 19 au 21 avril 2013, à Monastir (Tunisie), deux jeunes français et deux jeunes tunisiens ont à leur tour participé et couvert le Forum international de la jeunesse méditerranéenne, organisé par l’Institut français de Tunisie. Enfin, huit jeunes tunisiens sont venus en France, du 22 au 25 mai 2013 pour réaliser, en collaboration avec six jeunes français, un journal quotidien en ligne du 5e Forum mondial des Droits de l’Homme à Nantes (Loire-Atlantique).

A l’issue de cette première phase et convaincus de la pertinence du projet, Altermondes et Reporter Citoyen ont organisé, en janvier 2014, à Paris, un séminaire conviant des médias algériens, marocains et tunisiens qui a posé les bases de la poursuite de la dynamique et de son élargissement à l’ensemble des pays du Maghreb.

 

2016 – L’élargissement à l’ensemble du Maghreb

Reporters Transméditerranée 2 reprend l’héritage du projet. Il s’inscrit cependant dans un contexte particulier et tragique, celui des attentats perpétrés en France et en Tunisie, qui ont soulevé un débat fort sur la définition de la liberté d’expression, notamment à la suite des attentats contre Charlie Hebdo : Jusqu’où va-t-elle et comment la protéger ? La question de la liberté d’expression – au cœur de la pratique journalistique – est donc le fil rouge de l’ensemble du travail entre médias et jeunes des deux rives.

Après l’élan de solidarité qui s’est exprimé aux lendemains des attentats du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, s’est ouvert, en France, un débat plus sensible qu’il n’y paraît sur la liberté d’expression. Faut-il encadrer la liberté d’expression ? Quelle responsabilité des journalistes et des caricaturistes ? Qu’est-ce que le blasphème ? Doit-on l’interdire ? Derrière ces débats, souvent vifs, ce sont les fractures persistantes de la société française qui transparaissent. Dans les quartiers populaires, le débat a fait rage, avec souvent des angles d’approche, des questionnements qui évitent les évidences et les idées reçues, bousculent les certitudes, amènent à réfléchir. Les jeunesses des quartiers populaires français et des pays maghrébins ont été interpellés par ces débats, qui ont suscité leur lot d’incompréhension et de stigmatisation.

Reporters Transméditerranée 2 ne pouvait pas éluder les questions que soulève ce débat et, à l’occasion de la couverture d’événements internationaux (Championnat d’Europe de football, du 10 juin au 10 juillet 2016, France ; Conférence internationale sur le climat – COP22, du 7 au 18 novembre 2016, à Marrakech, Maroc), organisera également des soirées débats qui permettront de faire se confronter les points de vue de journalistes et de citoyens des deux rives de la Méditerranée, afin de décentrer les regards, d’entendre les points de vue des uns et des autres (notamment des jeunes), en évitant les anathèmes.