Le rallye de la mémoire

 

Le rallye des Francas, un parcours sous forme de voyage pédagogique dans le passé, le présent et le futur.

Le rallye des Francas, un parcours sous forme de voyage pédagogique dans le passé, le présent et le futur.

L’histoire de Nantes est inextricablement liée à celle de l’esclavage. Au moment où s’ouvrait le Forum mondial des droits de l’Homme, des associations nantaises ont donc proposé un rallye, une promenade à travers la ville, son histoire, sa mémoire.

Article d’Alimatou Diallo

Mémorial de l’abolition de l’esclavage. Dans une pièce sombre, des moitiés de visages au regard perçant apparaissent sur des panneaux en ciment noir traversés par une bande rouge. Des chants, des paroles racontent les souffrances des esclaves déportés. Dans le cadre du Forum mondial des droits de l’Homme, Les Francas, Essentiel et Etudiants guinéens, trois associations, ont mis en place un rallye, un parcours dans la ville de Nantes, sous forme de voyage pédagogique dans le passé, le présent et le futur.

Une dizaine de participants sortent de la salle d’exposition comme « libérés ». A la sortie, sur des panneaux plus éclairés cette fois, on peut lire des messages d’espoirs : « I have a dream » ou encore « Les hommes naissent libres et égaux ». Une série d’épreuves commencent alors pour les participants. « Vous devez retrouver le nom d’un navire parmi les milliers encrés sous le sol du mémorial. Quand votre mission sera accomplie, regardez-vous dans le miroir que je vous ai remis pour donner votre ressenti ! », explique le guide, Cédric Jolivet, chargé de mission pour Les Francas. Trois groupes se forment pour entamer la quête. Une dizaine de minutes s’écoule. Victoire. Le groupe de Yan retrouve le nom du navire. Une victoire qui n’est pourtant pas célébrée : «  Je ressens du dégoût. C’est une abomination. L’esclavage est certes aboli mais aujourd’hui il existe toujours sous une autre forme », s’indigne le participant en pensant à la domination des riches sur les pauvres ou encore au non-respect des libertés humaines.

« Abolition de l’esclavage … Ah bon ? »

Il est temps de se confronter à la réalité actuelle, au présent. « Dès que vous serez de l’autre côté du pont, vous serez une nouvelle personne », prévient le guide. Les groupes traversent alors la Loire, sur le pont qui porte le nom de Victor Schoelcher, abolitionniste du XIXème en France. Arrivée symbolique sur l’esplanade du Palais de justice de la ville. Nouvelle épreuve : se mettre dans la peau d’un personnage. Le visage de Nicolas se défait quand il apprend qui il doit incarner : « une prostituée d’âge moyen séropositive ». Un sentiment de culpabilité l’envahit face à ce personnage socialement condamné. « Ça fait réfléchir », confie le participant. « J’incarne la fille du directeur d’agence bancaire locale. Je suis censé tout posséder. C’est vrai que, quand on est devant, on ne voit pas ceux qui sont derrière nous », témoigne Yan. Des prises de conscience inattendue sur la problématique de l’égalité. Si certains vivent, d’autres survivent.

Cédric, le guide, rappelle alors : « On naît tous égaux. Cependant, des facteurs tels que la famille et l’origine sociale accentuent l’inégalité. Ceux qui possèdent tout ne se rendent même pas compte que derrière eux, il existe des personnes qui souffrent ».

Comment se projeter dans le futur ? Direction les machines de l’île. Les deux heures de marche et de découverte, n’altèrent pas la motivation des visiteurs en fin de parcours. On débat sur la question de l’accès à la santé pour tous. Pour clore le parcours, chaque groupe écrit une phrase sur un miroir qui résume leur voyage dans le temps. Le retour dans le passé semble avoir eu plus d’impact ; sur l’un des miroirs on s’interroge : « Abolition de l’esclavage… Ah bon ? », sur un autre « L’esclavage abolie mais a t-il vraiment disparu ». Le troisième propose quant à lui une vision plus optimiste : « Connaître son passé pour choisir son futur ».