Protection des animaux et santé publique au cœur de la vie à Marrakech

Fondée dans les années 1920, la Société Protectrice des Animaux et de la Nature (SPANA) de Marrakech n’est pas un simple refuge animalier. Loin de l’image d’un mouroir pour animaux enfermés et oubliés, ses vétérinaires œuvrent avec dynamisme dans l’espoir de proposer un cadre de vie meilleur à nos amis les bêtes, tout en luttant contre la rage qui sévit encore au Maroc. 

Par Alexandre Ben Hamida (France).

La chaleur est étouffante. Dans la cour du refuge de la Société Protectrice des Animaux et de la Nature, l’attente n’en est que plus longue. Animaux et propriétaires patientent en silence, tandis que les pensionnaires du refuge miaulent, jappent et piétinent. À la tête du refuge animalier de Marrakech depuis les années 1980, le docteur Hassan Lamrini attire l’attention. Assisté par plusieurs aides-soignants, il établit les diagnostics et prodigue les soins.

Les lourdes tâches du Dr Lamrini s’inscrivent dans un contexte national particulier. Au Maroc, la rage est devenue endémique dans des proportions équivalentes à celle de l’Inde, avec une moyenne de 391 cas pour les animaux et de 22 cas humains par an. La rage, rappelons-le, reste une maladie mortelle : après une période d’incubation souvent longue, l’apparition de symptômes signale une fin rapide.

L’explication de l’épidémie se trouve dans les rues, où l’on croise de nombreux chats et chiens. Parmi eux, les chiens constituent le plus important réservoir de la rage, les exposant aux empoisonnement et abattages de la part des services d’hygiène. Déplorant ces recours, la SPANA, reconnue d’utilité publique depuis 1976 par la municipalité de Marrakech, combat l’épidémie à sa façon, par la stérilisation et la vaccination : « Les petits animaux comme les chats et les chiens sont sexuellement matures dès six mois. En stérilisant, on évite que les animaux errants ne se reproduisent de manière exponentielle. », explique le Dr Lamrini. Cependant, bien que l’État prenne en charge la vaccination pour les détenteurs d’animaux, sa pratique reste en dessous des taux escomptés.

dsc_0083L’abandon des animaux de compagnie contribue à alimenter leur errance dans la rue. Comme l’explique Omar, assistant en chef du Dr Lamrini, les motifs sont variés : « Les abandons sont dus au manque de place ou de moyens financiers, aux déplacements, au décès de propriétaires, à l’arrivée d’un enfant, ou à une portée non-désirée. ».

Afin de limiter le nombre de ces animaux, le refuge les accueille, les soigne, puis les propose à l’adoption. Leurs qualités de gardiens et de compagnons permettent aux chiens d’être les plus aisément adoptés. « Les chats sont moins prisés parce qu’on en trouve partout. Pourtant ces animaux ont beaucoup de qualités ! Ils chassent les nuisibles – cafards, scorpions, rongeurs, créant un milieu de vie sain pour le propriétaire. Enfin, c’est un animal utile dans le processus d’immunisation des jeunes filles face à la toxoplasmose. », ajoute Omar.

Ce matin-là, les visites concernant les chats sont nombreuses. Le docteur Lamrini administre des antibiotiques aux petits félins malades, tout en accueillant les derniers errants qui lui sont amenés au refuge.  Examiné par le docteur, un chat malade, la mine fatiguée, se laisse faire calmement, puis se fait gratter la tête par le vétérinaire qui lui administre un traitement par injection.

Le refuge de la SPANA dispose d’une chatterie, d’un espace d’adoption pour chiens et aussi de deux salles d’opérations – l’une pour les petits animaux de compagnie, l’autre pour les animaux de traits.

Ânes, mulets et chevaux sont diagnostiqués dès l’entrée du refuge. À la barre d’examen, l’animal est immobilisé pendant que les soigneurs l’auscultent. Omar et les autres aides-soignants passent entre les chevaux pour observer les dents, les oreilles, le dos et les jambes des animaux, cherchant d’éventuelles blessures ou tout symptôme visible qui pourrait aider à un diagnostic provisoire.

dsc_0075Les animaux de traits sont encore très présents dans le milieu urbain à Marrakech, bien que leur population ait diminué de moitié depuis les années 1980. En cause, l’urbanisation et la mécanisation. « Certains quartiers de la ville sont interdits aux animaux de traits, et beaucoup de blessures sont dues aux voitures. », confie Omar.

 

Les calèches font partie intégrante de l’image de Marrakech, témoin de son patrimoine touristique et outil de prospérité pour ses artisans. Afin de protéger ce dynamisme, la SPANA projette la création d’une grande écurie réunissant les corps de métiers gravitant autour des calèches.

Aujourd’hui, elle est l’une des associations les plus importantes du Maroc dans la protection et la sensibilisation à l’environnement. Au delà de la protection animale, la SPANA agit sur plusieurs fronts, et s’adapte aux problématiques du pays par diverses actions. C’est avec l’ idée de protéger ce qui est rare, qu’elle a ainsi créé en 1992 la réserve de Sidi Boughaba et le Centre National d’Éducation Environnementale (CNEE) qui sensibilise les visiteurs à la préservation de la faune et de la flore.