« Y aura-t-il une fin à la marginalisation des Noirs Tunisiens ? »

 

Oussama Dahem

Oussama Dahem

Toujours stigmatisés, les Noirs de Tunisie tentent de défendre leurs droits pour légitimer leur place de citoyen dans la société tunisienne.   

Par Melek Metoui

 

 « Le Noir n’a pas intérêt à être défini en tant que tel car il se définit en tant qu’être humain », s’exclame Oussama Dahem, un Noir Tunisien en 3ème  année de mathématiques au lycée Manzah, quand on l’interroge sur son identité. Membre actif au sein de l’association ADAM pour l’égalité et le développement, il avoue être toujours victime de racisme. « Le premier jour d’école maternelle, la maitresse m’a mis à l’écart, à la dernière table. J’entendais des chuchotements des élèves : ‘Ah ! Il y a un Noir avec nous dans la classe‘. J’avais l’impression d’être d’une autre planète », se souvient-il avec tristesse. A travers son association, il cherche aujourd’hui à défendre les principes de justice, d’égalité et de tolérance entre toutes les catégories de la société et à lutter contre toutes les formes de ségrégation et de discrimination.

« Pourquoi le rejet du Noir ? interroge Saadia Mosbah, présidente de l’association « M’n è m t i » -« Doù es-tu ? ». Certains Tunisiens ne veulent pas accepter l’existence des Noirs Tunisiens car ils pensent que nous sommes des descendants des esclaves. A la première rencontre, on ne me parle pas en arabe. C’est seulement après un moment qu’on me dit : ‘Ah tu es Tunisienne !? ’ Je veux sentir que je suis Tunisienne comme les autres, sans aucun préjugé ». Fondée en janvier 2013 et localisée à Bardo, un quartier à proximité du centre de Tunis, son association a pour but de mieux intégrer les Noirs Tunisiens dans la société en favorisant la création d’associations luttant contre les discriminations, avec pour principale action : la sensibilisation des enfants. « Le racisme n’est pas institutionnel, le racisme est social », affirme-t-elle.

Depuis la révolution, les Noirs Tunisiens attendent plus de l’Etat, à savoir la défense de leurs droits et la condamnation de toute marginalisation et exclusion, comme le souligne Sana Ben Tkhayat, membre du bureau exécutif de l’association ADAM : « le racisme est un phénomène complètement ignoré par l’Etat ». C’est pourquoi elle essaie avec d’autres membres d’attirer l’attention de la société sur ce qui est son nouveau cheval de bataille : l’inscription dans la future Constitution du principe d’égalité.

 

En attendant, Oussama Dahem se demande toujours avec pessimisme : « Pourquoi le racisme existe-t-il encore alors qu’on est tous des êtres humains ? Y aura-t-il une fin à la marginalisation des Noirs en Tunisie ? »